Une quatrième République au Congo-Kinshasa ?

Dans cette interview, Gaspard-Hubert Lonsi explique les raisons relatives à la publication de son dernier ouvrage intitulé Le Congo-Kinshasa en quelques lettres. Ainsi avance-t-il des arguments d’ordre à la fois militant et patriotique.

Pourquoi le Congo-Kinshasa en toutes lettres ?
J’ai surtout voulu livrer aux lecteurs, notamment aux Congolais et aux amis de la République Démocratique du Congo, mes impressions sur un pays qui nous est très cher. J’ai estimé que le voyage, à travers les lettres, pourrait être pédagogiquement l’approche la mieux adaptée à la compréhension de différentes problématiques auxquelles sont confrontées les forces vives nationales, qu’ils s’agissent de simples citoyens, d’acteurs politiques ou économiques.

Existe-t-il un lien entre la sortie de votre et livre et les échéances électorales ?
Plus précisément, vous voulez savoir s’il est question d’un programme électoral en vue d’une éventuelle élection présidentielle ? Vous vous demandez, sauf incompréhension de ma part, si je suis en train de préparer subtilement ma candidature à la magistrature suprême en République Démocratique du Congo ?

Tout à fait…
Au-delà du fait d’être essayiste et romancier, donc auteur, je suis un militant politique. Ce n’est un secret pour personne. La notion que j’ai d’une élection, locale ou nationale, réside avant tout dans le projet de société que l’on compte défendre en vue du plus grand bienfait d’une entité communale, territoriale ou étatique, et non dans la désignation d’un individu. La personnalisation du pouvoir n’ayant jamais été ma tasse de thé, j’ai toujours respecté la logique selon laquelle la charrue ne doit pas être mise avant les bœufs. Le projet d’abord, l’individu qui le portera ensuite. Je n’ai nullement l’intention de m’adonner au culte de la personnalité qui a la conception naturelle de toute personne aux fibres dictatoriales.

Votre livre est-il, oui ou non, un projet politique en vue de l’élection présidentielle ?
Je suis le Premier Vice-Président de l’Alliance de Base pour l’Action Commune, ABACO en sigle. À ce titre, je suis le principal rapporteur du programme politique pour un Congo économiquement viable et politiquement démocratique, lequel est intitulé Les 10 propositions pour la République Démocratique du Congo. Il reviendra donc à l’ABACO le moment venu de désigner, encore faut-il que les élections puissent être programmées, ses candidats aux différents scrutins.
Dans mon dernier ouvrage, à savoir Le Congo-Kinshasa en quelques lettres, je me contente de décliner la vision politique que tout citoyen peut éprouver, à une étape de son parcours terrestre, pour la terre de ses ancêtres. J’ai voulu seulement réfléchir sur la vraie dimension politique, ainsi que le souffle nouveau qu’un individu peut insuffler dans les rouges administratifs et territoriaux d’un pays que d’aucuns souhaitent vivement le morcellement. Mon dernier ouvrage suscite l’espoir en vue de la résolution d’une situation catastrophique qui, amplifiée par la complicité des acteurs nationaux et régionaux, tire en réalité sa source de l’extérieur du continent africain. Le salut de la République Démocratique du Congo passera forcément, j’en suis conscient, par une alternative politique en vue d’une IVe République.

Propos recueillis par Charlotte de Courchevel

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Le Congo-Kinshasa en quelques lettres

Que représente stratégiquement et économiquement la Républi­que Démocratique du Congo à l’échelle à la fois locale, régionale, continentale et mondiale ? Pourquoi, depuis le 30 juin 1960, date de son accession à la souveraineté internationale, ce pays est toujours déstabilisé ? Pourquoi les étrangers, qu’ils soient Africains ou non, s’arrangent-ils sans cesse pour que cet État ne soit pas du tout dirigé par des Congolais d’origine ?
Militant contre des forces à la fois centripètes et centrifuges, quelques Congolais essaient d’impulser un nouvel élan en vue d’une République Démocratique du Congo politiquement éclairée et économiquement viable. L’auteur de cet ouvrage est sans conteste l’un d’eux.
Que pense-t-il, s’agissant surtout de l’avenir des populations congolais et du devenir de son pays ? Quelle vérité recèlent les mots qu’il égrène patriotiquement ? Cherche-t-il à tracer des sillons que suivront les Congo­lais éveillés et les forces vives de ce géant assailli, presque agressé, de toutes parts ? Veut-il façonner un moule dans lequel coulera en toute conscience le Congolais de demain ? A-t-on affaire à un acteur politique habile et avisé, condottiere pétri d’ambition constructive ? Forban de la politique ou fin stratège ? Quelle part jouera-t-il dans la IVe République, qui plus est en gestation, d’un pays qui a forcément besoin d’un véritable homme, ou femme, d’État en vue de l’ancrage de manière positive dans le troisième millénaire ?

http://atelieregregore.eu/fr/item/le-congo-kinshasa-en-quelques-lettres

Au cœur des Grands Lacs africains

A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, un roman policier intitulé Au pays des mille collines, Gaspard-Hubert Lonsi Koko a bien voulu répondre à quelques questions.

Qui êtes-vous réellement, monsieur Lonsi Koko ?

La réponse à votre question dépend de l’angle sous lequel on appréhende mon parcours terrestre. Je suis un père de famille et un époux du point de vue familial au sens strict. Un cadre de parti, si l’on se situe sur l’échiquier congolais, et un auteur. Sur le plan politique, mes principes et convictions penchent du côté de la social-démocratie. Quant à la plume, on peut me qualifier aisément d’essayiste, de romancier et de chroniqueur.

Faut-il dire de vous que vous êtes un personnage complexe, donc très déroutant ?

Je ne sais pas si je suis complexe ou déroutant. Mes critiques les plus perspicaces, surtout dans le milieu politique congolais, ont toujours vu en moi quelqu’un de très ambigu et de très mystérieux.

D’où les expressions « ambiguïté lonsienne », « paradoxe banacequien » « agnostique mystique » ?

La sincérité voudrait que l’on envisage le « paradoxe banacequien » comme une habileté politique consistant à fixer le cap, en plaçant la barre très haut, afin d’entraîner les adversaires politiques à travers les méandres idéologiques et les sinuosités dangereusement balisées. Pour ce qui est de l’« ambiguïté lonsienne », il s’agit tout simplement d’une rhétorique que l’auteur émerveillé offre aux personnes qui refusent de voir plus loin que le bout de leur nez et aux observateurs éveillés qui perçoivent la vraie dimension de la réflexion qui leur est subtilement offerte. Par ailleurs, comme la plus grande majorité des Bantous, je crois beaucoup aux forces de l’esprit.

Revenons à l’actualité du moment. Que va chercher votre personnage principal, Cicéron Boku Ngoi, au pays des mille collines ?

L’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana en avril 1994 n’ayant fait l’objet d’aucune investigation sérieuse de la part des autorités locales et des forces onusiennes, les autorités françaises avaient pris l’option de dépêcher quelqu’un sur place. C’était dans ce contexte que le patron du Ndanda Holding International avait pris la route pour Kigali via Kinshasa et Brazzaville.

Quelle avait été sa principale mission ?

D’après des sources émanant des services secrets belges et américains, quelques militaires français auraient été à l’origine de l’assassinat des présidents rwandais et burundais. Dans cette histoire, selon le contexte de l’attentat, la négligence coupable des uns et la logique ethniciste, voire assassine, des autres ont favorisé l’hécatombe. Seules les boîtes noires de l’avion qui avait été abattu auraient permis de clarifier le mystère qui entourait le crash. Cicéron Boku Ngoi devait donc les retrouver, le premier souci des autorités françaises ayant consisté à éviter toute preuve d’une éventuelle implication de la France.

La France est donc responsable du crash survenu à quelques kilomètres de l’aéroport Grégoire Kayibanda et de ses conséquences ?

Ce n’est pas au romancier, dont l’œuvre n’est que le fruit de l’imagination, de répondre à cette question. Selon les spécialistes, la DGSE ne disposait pas de bureau fixe à Kigali, mais y effectuait des « missions d’intervalle » même si l’un des deux coopérants militaires français qui étaient assassinés le 7 avril de cette année dans la capitale rwandaise habitait la « maison de l’agent », connue à tort ou à raison comme celle d’un ancien correspondant de la DGSE. »

Un missile sol-air étant d’emploi très facile, ne pensez-vous pas que n’importe qui aurait pu commettre ce crime ?

L’emploi d’une telle arme n’est facile d’emploi qu’en théorie. Pour toucher une cible avec un missile sol-air, il faut une certaine expérience opérationnelle. Seuls les combattants du Front patriotique rwandais disposaient de ce savoir-faire.

L’arme du crime est donc un missile sol-air ?

Les spécialistes de la chose militaire ont prétendu qu’il pourrait être question d’un SAM-7 de fabrication soviétique, ou bien de sa version modernisée : c’est-à-dire dire le SAM-16, lequel est commercialisé depuis 1985. Un Grail ou un Gremiln, selon les noms de code de l’OTAN. Mais il n’était pas non plus exclu qu’il s’agisse d’un Stinger américain, ce missile très performant comme ceux qui avaient été délivrés à la guérilla sud-soudanais via l’Ouganda – ce pays ayant été le parrain du Front patriotique rwandais. Je rappelle seulement que les rebelles s’étaient déjà servi de missiles sol-air pour abattre deux hélicoptères de l’armée rwandaise et, en octobre 1990, un avion de reconnaissance au-dessus de Kagitumba, dans l’extrême Nord du Rwanda.

Que faudrait-il entreprendre pour que la région des Grands Lacs africains ne soit plus à feu et à sang ?

Tant que l’on n’aurait pas à l’esprit les alliances et les mésalliances circonstancielles entre les différentes populations de la région des Grands Lacs africains, on aurait beaucoup de mal à trouver les solutions appropriées, surtout dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo où la trahison et la forfaiture n’ont jamais cessé de fausser les données régionales, créant ainsi la haine entre les citoyens des pays concernés. Plus précisément, dans les régions du Kivu et de l’Ituri, Kinshasa devrait faire éclater, par tous les moyens, le front commun rwandophone tout en garantissant la protection et les droits des minorités. Kinshasa devrait surtout se doter d’un véritable bras armé en mesure de dissuader les velléités expansionnistes et l’appétit vorace des pays limitrophes situés à l’Est. En tout cas, seules la sincérité et la fidélité à la nation congolaise pourraient être, de nos jours, un facteur déterminant à la pacification de cette région située à la croisée de l’Afrique centrale et orientale. Le bon voisinage serait très difficile tant que ces deux fléaux, c’est-à-dire la trahison et la forfaiture, ne seraient jamais sévèrement punies par les autorités administratives, notamment kinoises.

Propos recueilli par Charlotte Mondo

© Agroravox

Titre : Au pays des mille collines

Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Editeur : L’Atelier de l’Egrégore

Genre : policier

Format : numérique (epub)

Sortie : février 2016