Au cœur des Grands Lacs africains

A l’occasion de la sortie de son dernier ouvrage, un roman policier intitulé Au pays des mille collines, Gaspard-Hubert Lonsi Koko a bien voulu répondre à quelques questions.

Qui êtes-vous réellement, monsieur Lonsi Koko ?

La réponse à votre question dépend de l’angle sous lequel on appréhende mon parcours terrestre. Je suis un père de famille et un époux du point de vue familial au sens strict. Un cadre de parti, si l’on se situe sur l’échiquier congolais, et un auteur. Sur le plan politique, mes principes et convictions penchent du côté de la social-démocratie. Quant à la plume, on peut me qualifier aisément d’essayiste, de romancier et de chroniqueur.

Faut-il dire de vous que vous êtes un personnage complexe, donc très déroutant ?

Je ne sais pas si je suis complexe ou déroutant. Mes critiques les plus perspicaces, surtout dans le milieu politique congolais, ont toujours vu en moi quelqu’un de très ambigu et de très mystérieux.

D’où les expressions « ambiguïté lonsienne », « paradoxe banacequien » « agnostique mystique » ?

La sincérité voudrait que l’on envisage le « paradoxe banacequien » comme une habileté politique consistant à fixer le cap, en plaçant la barre très haut, afin d’entraîner les adversaires politiques à travers les méandres idéologiques et les sinuosités dangereusement balisées. Pour ce qui est de l’« ambiguïté lonsienne », il s’agit tout simplement d’une rhétorique que l’auteur émerveillé offre aux personnes qui refusent de voir plus loin que le bout de leur nez et aux observateurs éveillés qui perçoivent la vraie dimension de la réflexion qui leur est subtilement offerte. Par ailleurs, comme la plus grande majorité des Bantous, je crois beaucoup aux forces de l’esprit.

Revenons à l’actualité du moment. Que va chercher votre personnage principal, Cicéron Boku Ngoi, au pays des mille collines ?

L’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana en avril 1994 n’ayant fait l’objet d’aucune investigation sérieuse de la part des autorités locales et des forces onusiennes, les autorités françaises avaient pris l’option de dépêcher quelqu’un sur place. C’était dans ce contexte que le patron du Ndanda Holding International avait pris la route pour Kigali via Kinshasa et Brazzaville.

Quelle avait été sa principale mission ?

D’après des sources émanant des services secrets belges et américains, quelques militaires français auraient été à l’origine de l’assassinat des présidents rwandais et burundais. Dans cette histoire, selon le contexte de l’attentat, la négligence coupable des uns et la logique ethniciste, voire assassine, des autres ont favorisé l’hécatombe. Seules les boîtes noires de l’avion qui avait été abattu auraient permis de clarifier le mystère qui entourait le crash. Cicéron Boku Ngoi devait donc les retrouver, le premier souci des autorités françaises ayant consisté à éviter toute preuve d’une éventuelle implication de la France.

La France est donc responsable du crash survenu à quelques kilomètres de l’aéroport Grégoire Kayibanda et de ses conséquences ?

Ce n’est pas au romancier, dont l’œuvre n’est que le fruit de l’imagination, de répondre à cette question. Selon les spécialistes, la DGSE ne disposait pas de bureau fixe à Kigali, mais y effectuait des « missions d’intervalle » même si l’un des deux coopérants militaires français qui étaient assassinés le 7 avril de cette année dans la capitale rwandaise habitait la « maison de l’agent », connue à tort ou à raison comme celle d’un ancien correspondant de la DGSE. »

Un missile sol-air étant d’emploi très facile, ne pensez-vous pas que n’importe qui aurait pu commettre ce crime ?

L’emploi d’une telle arme n’est facile d’emploi qu’en théorie. Pour toucher une cible avec un missile sol-air, il faut une certaine expérience opérationnelle. Seuls les combattants du Front patriotique rwandais disposaient de ce savoir-faire.

L’arme du crime est donc un missile sol-air ?

Les spécialistes de la chose militaire ont prétendu qu’il pourrait être question d’un SAM-7 de fabrication soviétique, ou bien de sa version modernisée : c’est-à-dire dire le SAM-16, lequel est commercialisé depuis 1985. Un Grail ou un Gremiln, selon les noms de code de l’OTAN. Mais il n’était pas non plus exclu qu’il s’agisse d’un Stinger américain, ce missile très performant comme ceux qui avaient été délivrés à la guérilla sud-soudanais via l’Ouganda – ce pays ayant été le parrain du Front patriotique rwandais. Je rappelle seulement que les rebelles s’étaient déjà servi de missiles sol-air pour abattre deux hélicoptères de l’armée rwandaise et, en octobre 1990, un avion de reconnaissance au-dessus de Kagitumba, dans l’extrême Nord du Rwanda.

Que faudrait-il entreprendre pour que la région des Grands Lacs africains ne soit plus à feu et à sang ?

Tant que l’on n’aurait pas à l’esprit les alliances et les mésalliances circonstancielles entre les différentes populations de la région des Grands Lacs africains, on aurait beaucoup de mal à trouver les solutions appropriées, surtout dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo où la trahison et la forfaiture n’ont jamais cessé de fausser les données régionales, créant ainsi la haine entre les citoyens des pays concernés. Plus précisément, dans les régions du Kivu et de l’Ituri, Kinshasa devrait faire éclater, par tous les moyens, le front commun rwandophone tout en garantissant la protection et les droits des minorités. Kinshasa devrait surtout se doter d’un véritable bras armé en mesure de dissuader les velléités expansionnistes et l’appétit vorace des pays limitrophes situés à l’Est. En tout cas, seules la sincérité et la fidélité à la nation congolaise pourraient être, de nos jours, un facteur déterminant à la pacification de cette région située à la croisée de l’Afrique centrale et orientale. Le bon voisinage serait très difficile tant que ces deux fléaux, c’est-à-dire la trahison et la forfaiture, ne seraient jamais sévèrement punies par les autorités administratives, notamment kinoises.

Propos recueilli par Charlotte Mondo

© Agroravox

Titre : Au pays des mille collines

Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Editeur : L’Atelier de l’Egrégore

Genre : policier

Format : numérique (epub)

Sortie : février 2016

Pourquoi faudrait-il à tout prix capturer le léopard ?

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A l’occasion de la sortie de son dernier roman La chasse au léopard, nous avons rencontré Gaspard-Hubert Lonsi Koko afin de nous faire une idée des nouvelles pérégrinations kinoises de Cicéron Boku Ngoi.

Vous venez de publier, sous un format numérique, un roman intitulé La chasse au léopard. Est-ce la suite de votre précédent ouvrage, c’est-à-dire Dans l’œil du léopard ?

Ces deux romans, à savoir La chasse au léopard et Dans l’œil du léopard, font partie intégrante de La trilogie des Grands Lacs, le dernier ouvrage qui la compose étant Au pays des mille collines. Toutefois, ces trois ouvrages constituent des histoires distinctes qui ont comme cadres, sur le plan régional, le Zaïre de Mobutu Sese Seko et le Rwanda après l’assassinat du président Juvénal Habyarimana.

Les ouvrages précités évoquent des faits véridiques, alors qu’ils ne sont que des fictions policières. Comment expliquez-vous cet aspect narratif ?

Un auteur dispositif d’une certaine liberté. Celle-ci lui permet de relater à sa manière les faits historiques, économiques, sociaux, politiques et géostratégiques. Ces deux romans, lesquels concernent les investigations de Cicéron Boku Ngoi à travers les pays des Grands Lacs africains, se déroulent dans un contexte vrai sur le plan historico-politique. Le reste n’est qu’une pure imagination que l’auteur émerveillé offre aux lecteurs ayant une connaissance parfaite du Zaïre, l’actuelle République Démocratique du Congo, et du Rwanda. Cette fiction permet aussi aux béotiens de se faire une idée, au-delà des tribulations du personnage principal, des contextes socio-économique et politique de l’époque relatifs aux deux pays concernés.

Mais il n’y a pas que l’aspect régional dans ces deux ouvrages…

Tout à fait. Les relations franco-africaines y trouvent une place importante dans la mesure où Cicéron Boku Ngoi, le détective privé zaïrois vivant à Paris, mène chaque fois ses enquêtes pour le compte du gouvernement français. L’auteur profite de cette particularité pour se pencher sérieusement sur l’implication de la France dans son « pré carré » africain, notamment dans les anciennes colonies belges représentées par la République du Zaïre et le Rwanda.

Et cette chasse au léopard ?

A la suite de l’assassinat de l’ambassadeur de France en 1993, lors du soulèvement des éléments armés de la Division spéciale présidentielle (DSP), le quai d’Orsay a pris la résolution en guise de représailles, à la demande du Palais de l’Elysée, de faire enlever le maréchal Mobutu Sese Seko, dit le grand léopard, afin de l’exfiltrer vivant vers Paris. Ainsi le ministère français des Affaires étrangères décide-t-il de recourir aux services du patron du Ndanda Holding International (NHI), en l’occurrence le génial détective privé Cicéron Boku Ngoi. Sauf qu’il n’est pas du tout facile de capturer un léopard. Mais laissons aux lecteurs le soin de découvrir, par eux-mêmes, la suite des événements.

La chasse au léopard

chasseauleopardCouv1Certes, le renard est un animal très rusé. Pour mener à bien l’expédition que le Quai d’Orsay envisageait sur le sol zaïrois, il fallait un chasseur expérimenté. De plus, il n’était nullement question de s’introduire dans un poulailler, mais d’opérer dans la jungle africaine. Il s’agissait plutôt de la chasse au léopard. Ainsi fallait-il recourir aux services d’un spécialiste de l’enlèvement dans le but de capturer le maréchal Mobutu vivant et de l’exfiltrer vers la France. Il devait neutraliser le léopard dès la première tentative, au risque de s’exposer aux pires représailles de la part de ses zélateurs. L’opération que s’apprêtait à mettre en place la France comportait, à n’en pas douter, beaucoup de risques.

Titre : La chasse au léopard

Éditeur : L’Atelier de l’Égrégore

Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Parution : octobre 2015

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Dans l’œil du léopard

Les séides du maréchal Mobutu Sese Seko placèrent la chambre occupée par maître Patrick de Lavigerie, l’avocat porté disparu que le détective devait retrouver, sous très haute surveillance. Les instructions furent données au directeur de l’hôtel Intercontinental de signaler la présence de tout ressortissant français qui y descendrait à l’avenir. Le responsable du complexe hôtelier perdrait son emploi, voire sa vie, au cas où il ne se conformerait pas aux directives et aux exigences d’agents des services de renseignements. Le détective était, dorénavant, dans l’œil du léopard.

Au Zaïre du maréchal Mobutu Sese Seko Kuku Ngbendu Waza Banga, surnommé le grand léopard, on ne badinait pas du tout avec ce qui touchait à la présidence de la République. Tout le monde, y compris les politiciens, était sous la botte de la Division spéciale présidentielle, de l’Agence nationale de documentation et du Centre national de recherches et d’investigations.

Format : epub sans DRM

Auteur : Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Editeur : L’Atelier de l’Egrégore
ISBN : 979-10-91580-03-8
Genre : policier
Format : epub sans DRM
Prix : 8,49 €